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LE MATÉRIALISME RATIONALISTE DE LOUIS ALTHUSSER

Pascale Gillot

Autor
Pascale Gillot
Revista
Revista Dialectus
Edição
36 / 36
Ano
2025
DOI
10.30611/2025n36id95713
Páginas
13-32
Idioma
pt
2025Pascale Gillot. LE MATÉRIALISME RATIONALISTE DE LOUIS ALTHUSSER. Revista Dialectus, v. 36, n. 36, p. 13-32, 2025.2

Cet article examine les contours singuliers du matérialisme que Louis Althusser élabore dans le cadre de son retour à Marx de 1965. La singularité de ce matérialisme, dans l’ordre de la théorie de la science et de la théorie de l’histoire, tient à sa conjonction avec une perspective rationaliste qui nourrit sa lutte constante contre ce qu’il nomme « l’idéologie empiriste ». Sous la double égide de Marx (Introduction à la Contribution à la critique de l’économie politique de 1857) et de Spinoza (Traité de la Réforme de l’Entendement, deuxième partie de l’Ethique), Althusser retravaille la « thèse matérialiste » dès lors entendue simultanément, suivant les termes de Lire le Capital, comme affirmation du primat du réel sur la pensée et comme affirmation de l’autonomie du processus de pensée. Ainsi peut être envisagée l’indépendance de la pratique théorique, à l’égard non seulement d’un supposé donné empirique, mais également, suivant la leçon de Spinoza, à l’égard de tout sujet connaissant. Se trouve ainsi écarté le piège de l’idéalisme, alors même que peut être maintenue, et renforcée, la thèse anti-empiriste de la distinction entre « objet réel » et « objet de connaissance ». Les enjeux d’un tel retour à Marx au prisme de la lecture de Spinoza consistent en une mise au jour, par Althusser, de la puissance épistémique de l’abstraction théorique. Cette dernière se révèle particulièrement roborative, et intempestive, dans le champ d’une philosophie contemporaine largement marquée par un « refus du concept », dont le corrélat redoutable est la naturalisation, autrement dit la dépolitisation, de l’humain, sous le chef de l’apologie du « vivant », du « sensible » et de « l’affect ».